Posted on Juil 11, 2011 in Actualités, Livres

Le projet de publier pour la première fois en français un large choix de textes d’Aby Warburg aux éditions de L’écarquillé constitue un événement éditorial majeur dans le champ des études consacrées à ce jour, en Europe et ailleurs, au célèbre historien de l’art allemand.

La collection qui voit le jour avec ce premier volume se propose de mettre à la disposition du public francophone un certain nombre d’essais et de notes en partie inédits, et d’apporter ainsi un éclairage nouveau sur tout un pan des recherches de Warburg, en apparence fort éloigné du champ de la culture figurative de la Renaissance.

Warburg, on le sait, vécut dramatiquement la fracture historique et culturelle de la Première Guerre mondiale. Mais si l’expérience traumatique de la guerre le plongea dans une grave crise personnelle, elle l’amena aussi à nouer des liens nouveaux et profonds avec des penseurs comme Ernst Cassirer, Franz Boll et Franz Cumont. L’activité même de la Bibliothèque Warburg connut à cette période une mutation profonde. Ce moment marqua également le début d’une collaboration étroite entre Warburg et son assistante Gertrud Bing, comme en témoigne le présent volume (visiter la page consacrée au premier volume).

À partir du début des années 1920, Warburg ne cessa d’approfondir sa vision de l’Antiquité à la faveur d’un double infléchissement méthodologique : resserrement des liens entre philologie et histoire d’une part, emprunts

à la méthode anthropologique de l’autre. Warburg parvint ainsi à forger une conception renouvelée de l’Antiquité dont il traquait dès lors l’héritage et les survivances jusqu’à l’époque de Rembrandt. Ce nouvel « espace de pensée » eut pour effet de raviver son intérêt pour la question de la migration des symboles ; mais surtout, il l’invita à retracer les grandes étapes de la lutte de l’humanité pour son orientation dans le cosmos.

C’est dans cette perspective qu’il convient de resituer l’intérêt de Warburg pour l’œuvre de Giordano Bruno, à laquelle il devait consacrer ses ultimes réflexions.

Notre projet éditorial s’attachera ainsi à reparcourir les grandes étapes de la réflexion de Warburg entre les années 1924 et 1929. Il propose parallèlement de faire découvrir au lecteur une série de recherches inédites élaborées entre les années 1900 et 1913, et qui apparaissent comme autant de points de départ et de jalons essentiels de la pensée warburgienne. De cette période antérieure datent des écrits aussi différents que les « fragments sur l’expression », dans lesquels se dessine le projet général d’une grammaire figurative, le cycle de conférences hambourgeoises de 1908-1909 consacrées à des figures comme Mantegna et Pétrarque, ou encore les leçons de 1912 sur l’astrologie, où celle-ci se voit définie comme une volonté de « saisir les phénomènes célestes sous forme humaine afin de contraindre et d’enfermer la force démonique dans l’espace d’une image ».

L’éditeur et les directeurs de cette nouvelle édition des écrits de Warburg ne proposent donc pas seulement d’offrir au public des spécialistes une approche nouvelle de la pensée warburgienne ; ils souhaitent également ouvrir un chantier en contribuant à repenser l’œuvre d’une des figures qui ont le plus profondément marqué notre tradition culturelle et figurative.

Maurizio Ghelardi, Susanne Müller, Roland Recht,

mars 2011.