Posted on Déc 25, 2010 in Livres

L’objet de l’histoire de l’art
Paris, Fayard/Collège de France, collection Leçons inaugurales du Collège de France, 2003

« […] Objet matériel donc, l’œuvre n’est cependant pas réductible à cette réalité. Elle est aussi œuvre d’art. Objet de connaissance, elle est soumise au jugement de goût. D’un côté, elle appartient au monde des artefacts, de l’autre à celui de l’art. Venue d’un passé éloignée, l’œuvre d’art s’impose à notre regard comme un condensé de matière détachée d’un autre temps. En le touchant, nous touchons du passé. Mais avec quel statut se présente-il devant nous ? Quel verdict en a fait une œuvre d’art, susceptible de se soumettre à toutes les questions que nous avons élaborées en vue d’un savoir global ? Les Baoulé de Côte d’Ivoire, qui ont produit quelques-unes des plus belles sculptures africaines, n’ont pas de mot pour désigner l’art. Pour le public des fidèles d’une église du 15e siècle, les reliquaires ou les statues surmontant les autels ne sont assurément pas des œuvres d’art mais des objets de dévotion. D’innombrables prétextes peuvent susciter la création d’objets qui nous plaisent, nous enchantent. Mais lorsqu’ils sont soumis à l’examen critique et au travail historien, tout un ensemble de prédicats contribue à la ranger définitivement dans l’espace de la connaissance. Alors les objets devenus œuvres d’art ne peuvent plus, si vous me permettez l’expression, reculer. Les voilà entrainés dans un réseau complexe de significations qui les dépassent. Mais c’est ce dépassement même qui en atteste la valeur inestimable. Dans l’espace  de l’histoire de l’art, l’œuvre singulière devient l’objet d’un discours et accède par conséquent à une existence non plus seulement sensible, mais intellectuelle […] »

(Extraits de la Leçon inaugurale du 14 mars 2002)

Voir aussi : Daniel Russo, Réflexions sur les objets et les pratiques de l’histoire de l’art médiéval. A propos de L’objet de l’histoire de l’art, de Roland Recht.